Doctorat : réflexion sur des notions de « temps » et de « bien-vivre »

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Doctorat : réflexion sur des notions de « temps » et de « bien-vivre »

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Doctorat et Bien-vivre

 

Le 18 avril 2018, Anne Vicente et Dr Sebastien Poulain ont organisé des ateliers dans les locaux de l’Université de Lorraine dans le but d’étayer la réflexion concernant la construction de CitéoSquares, des tiers-lieux habités, citoyens et coopératifs qui devraient voir le jour prochainement dans plusieurs métropoles de France[1].

Le présent compte-rendu résume les échanges concernant les ateliers traitant du « temps » et du « bien-vivre » des doctorant.e.s.

Parmi les participants, il y avait 4 doctorant.e.s issu.e.s de diverses disciplines (phytoremédiation, aménagement urbain, biogéochimie et biologie cellulaire).

L’animation de ces deux ateliers a été assurée par Anne Vicente, doctorante en dernière année de thèse en écotoxicologie.

 

Le premier atelier sur la gestion du temps des doctorant.e.s a été conduit en se posant les questions suivantes :

 

  • Quelles sont les conséquences du doctorat, positives ou négatives, sur la santé mentale et physique du doctorant ?
  • Comment se maintenir en forme lorsque l’on fait une thèse ?
  • Combien de temps faut-il consacrer à son bien-vivre ?
  • Comment concilier les activités physiques et intellectuelles ?
  • Que mettent en œuvre les universités pour le bien-vivre des doctorant.e.s ?
  • Quelles sont les ressources accessibles en cas de mal-être ?
  • Quelle(s) composante(s) du bien-vivre (alimentation, logement…) faut-il particulièrement améliorer ?
  • Quels sont les outils, méthodes, idées à mettre en place qui pourraient aider au bien vivre ?

 

 

Le second atelier de réflexion concernant l’amélioration du bien-vivre des doctorant.e.s s’est construit à partir des questions suivantes :

 

  • Qu’est-ce qui fait perdre du temps dans le travail de thèse ?
  • Qu’est-ce qui fait perdre du temps en dehors du travail de thèse ?
  • Quels sont les effets de l’autofinancement ?
  • Combien de temps passez-vous à travailler véritablement sur votre thèse dans une journée ?
  • Combien de temps par jour vous accordez-vous pour le divertissement ?
  • Combien de temps pensez-vous perdre par jour ?
  • Qu’est-ce qui pourrait aider concrètement à ne plus en perdre ?
  • Quels types de services pourraient aider ?

 

 

 

  1. La question du Bien-Vivre chez les doctorant.e.s

Lorsque l’on se penche sur les conséquences de la thèse sur le bien-vivre des doctorant.e.s, les points positifs majoritairement évoqués sont l’autonomie, la confiance en soi et l’expérience enrichissante. Malheureusement, les impacts sur la santé mentale et physique semblent également nombreux : fatigue intempestive, mémoire défaillante car trop sollicitée, stress et problèmes de santé.

La conduite d’un doctorat n’est pas forcément plus stressante qu’un autre travail, mais étant donné que cela demande généralement plus de temps, il est possible que le manque de sommeil puisse engendrer une gestion du stress moins performante et donc une augmentation de l’état d’anxiété de l’individu[2], conduisant potentiellement aux effets néfastes mentionnés précédemment.

Un aspect psychologique important qui semble toucher une bonne partie des doctorant.e.s a également été évoqué : le fameux syndrome de l’imposteur. Ce sentiment de ne pas être à la hauteur est souvent associé à celui de ne pas travailler suffisamment. Un mal-être permanant qui contribue à l’état de stress déjà bien présent pour certains. Le jugement des autres semble également pesant et fatiguant. Il n’est pas rare de s’auto-flageller en se comparant aux autres avec ce sentiment de culpabilité de ne pas en faire assez, parfois même de manière inconsciente.

La question de l’alimentation a ensuite été abordée. Les participants s’accordent pour dire qu’ils aimeraient « mieux » manger , chose bien souvent autant coûteuse en temps qu’en argent.

 

Typiquement, les doctorant.e.s ont parfois du mal à déconnecter, ils culpabilisent facilement si ils s’autorisent des activités autres que celles en rapport avec leurs recherches. Pourtant il semblerait important, voire nécessaire, de déconnecter du travail de thèse de temps à autre.

 

Que ce soit le SUAPS pour le sport ou la médecine universitaire, les services mis en place par l’université pour le bien-vivre des doctorant.e.s sont bien souvent débordés et surtout méconnus pour certains.

 

 

  1. La perte de temps dans le travail de thèse :

Précisions que nous parlons ici de la thèse et non du doctorat. La thèse fait référence au travail de recherche alors que le doctorat englobe quant à lui les activités de recherche ainsi que l’ensemble des activités annexes menées en parallèle (implications dans les conseils, instances, formations, actions de médiation des sciences, etc.).

 

La question de la perte de temps dans le travail de thèse a été traitée sous deux aspects.

Le premier évoqué par les participant.e.s est relatif à la perte de temps liée directement à la vie en laboratoire/entreprise. Il en ressort que les tâches administratives (commandes, rédaction d’ordre de mission, retour de mission, rédaction de projets, formulaires, etc.), les préparations de sorties sur le terrain, les réponses aux mails et le fait de s’occuper de stagiaires sous-encadrés par des collègues chercheurs ne disposant que peu de temps pour les former semblent être les principales activités qui empiètent sur le travail de thèse. Les doctorant.e.s ne sont cependant pas égaux face aux tâches à effectuer, avec une charge de travail différente en fonction de la structure d’accueil et des encadrant.e.s.

Deuxièmement, l’aspect de la perte de temps dans le travail de thèse relatif à la vie de tous les jours a révélé que le ménage, les courses, la cuisine, le payement des factures et plus généralement ce que l’on considère comme les tâches de la vie quotidienne sont, pour certains, source de perte de temps. Il est à noter que pour d’autres, faire le ménage ou la cuisine se révèle être un moyen de s’évader et de décompresser et n’est alors plus considéré comme une perte de temps. Le renvoi des achats effectués sur internet a également été mentionné comme une perte de temps potentielle.

 

La perte de temps sur le travail de thèse peut être alors être divisée en trois catégories :

– la perte de temps liée aux besoins vitaux

– la perte de temps liée aux tâches à effectuer

– la perte de temps liée au divertissement

 

Les personnes présentes s’accordent pour préciser que la notion de divertissement n’équivaut pas simplement à ne plus travailler sur sa thèse. Réaliser des tâches ménagères n’équivaut pas réellement à du divertissement même pour les personnes qui considèrent cela comme un exutoire. Le temps accordé au réel divertissement semble dépendre fortement de la période de la thèse dans laquelle la personne se trouve et semble également être personne dépendante.

 

Le manque de motivation a également été mentionné dans la perte de temps.

 

Globalement, les réponses sont fonction de la personne : le fonctionnement du laboratoire/de l’entreprise est complètement différent d’une structure à une autre. De plus, ce qui est vu comme une perte de temps par certains peut être considéré comme du loisir par d’autres. Le point majoritaire sur lequel les doctorant.e.s semblent s’accorder : le temps de transport est considéré unanimement comme une réelle perte de temps.

 

 

  1. Réflexion sur les services pouvant être mis en place dans des tiers-lieux suite à ces constatations :

 

Pourquoi ne pas imaginer la mise en place de plateformes collaboratives :

 

– De services (courses, laverie, cuisine, dépôt/retrait de lettres et colis dans un bureau de poste) au sein des résidences chercheurs. Un système avec « crédits de service » basé sur de l’entre-aide qui pourrait donner le droit à des avantages en nature pour ceux qui rendent des services aux autres membres de la communauté.

 

– Pour rassembler et créer une communauté relative aux résidences chercheurs/AlterHostel pour le sport et les activités. De la sorte, dès que l’on se rendrait dans l’un de ces lieux, les personnes auraient accès à des activités proposées dans cette ville par la communauté. Il suffit de mettre la logistique en place, la modération, qu’un premier groupe se forme et ensuite les utilisateurs deviennent aussi les organisateurs. Cela permettrait de créer une communauté nationale et ce serait l’assurance pour les utilisateurs de pouvoir intégrer facilement un groupe, si ils le souhaitent, lors de leurs séjours dans ces tiers-lieux.

 

– La santé passe parfois au second plan par manque de temps et/ou horaires incompatibles avec les prises de rdv classiques. Il pourrait être intéressant de mettre en place une permanence de professionnels de la santé certains soirs, voire certains week-ends.

 

– Le développement de plus de services du type AMAP : un panier de fruits & légumes de saison par semaine, œufs, produits frais. Ne pas avoir à choisir ses produits mais recevoir un panier de produits bios de saison.

 

– Les réseaux sociaux représentent également une source de perte de temps incalculable. La création de zones communes de déconnexion (des réseaux sociaux) pourrait inciter les personnes à se motiver et à se reconcentrer sur leur travail en limitant les distractions.

 

– Mais également, des zones de déconnexion (du travail) pour se ressourcer (salle de jeux/détente).

 

– Pour la majeure partie des personnes, la principale perte de temps semble être relative aux transports. La mise en place de lieux officiels desquels le télétravail serait autorisé, qui servirait également de lieu de co-working pour ceux qui n’ont pas d’endroit de rédaction, serait une option qui plairait à beaucoup.

 

 

Note : biais dans les réponses aux questions :

Il est à noter ici qu’aucun étudiant étranger n’était présent et que seul des doctorant.e.s en sciences « naturelles » composaient le groupe de réflexion pour traiter des ateliers sur le temps et sur le bien-vivre des doctorant.e.s. Bien que nous nous efforcions de parler DES Sciences sans distinction entre ce que nous appelons couramment « sciences exactes, naturelles » et « sciences humaines et sociales », des différences notables quant aux modes de fonctionnement des thèses existent bel et bien et jouent un rôle important sur le déroulement du doctorat. Pour replacer le contexte, il s’agit de préciser que les thèses en « sciences exactes et naturelles » sont obligatoirement financées, elles doivent durer 3 ans dans la mesure du possible, les doctorants sont tenus de se rendre dans leur laboratoire/entreprise pour réaliser leurs travaux de recherche et la structure d’accueil se doit en retour de leur fournir le nécessaire à la conduite de leurs travaux dans de bonnes conditions. Les doctorant.e.s sont alors des salarié.e.s sous CDD de 3 ans qui doivent rendre des comptes régulièrement à leur.s supérieur.e.s (directeur(s) de thèse/laboratoire/entreprise). En « sciences humaines et sociales», la majeure partie des thèses (plus de 70% d’après des chiffres de 2015[3]) sont non financées, les doctorant.e.s n’ont bien souvent pas de structure d’accueil définie et les thèses inférieures à 5 ans sont généralement considérées comme « faites à la hâte ». De ce fait, beaucoup de doctorant.e.s dans ces disciplines se doivent d’exercer un travail (parfois purement alimentaire) en parallèle de leur thèse et rédigent à leur domicile. 

 

 

Anne Vicente, doctorante, chargée de mission recherche chez Crois/Sens.

 

Avec la participation de Jérémie Bel, Anne Blanchart, Séverine Lopez et Laurie Targa

 

 

Références :

 

[1]  http://crois-sens.org/wp-content/uploads/2018/10/Plaquette_Cit%C3%A9oSquare.pdf

 

[2] Pires, Gabriel Natan, Andréia Gomes Bezerra, Sergio Tufik, et Monica Levy Andersen. « Effects of Experimental Sleep Deprivation on Anxiety-like Behavior in Animal Research: Systematic Review and Meta-Analysis ». Neuroscience & Biobehavioral Reviews 68 (septembre 2016): 575‑89. https://doi.org/10.1016/j.neubiorev.2016.06.028.

 

[3] http://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/reperes/telechar/shs/shs2016.pdf (consulté le 07/01/2019, page 9)

 

 

Lectures associées :

 

 

POULAIN Sebastien, « Bien-vivre doctoral : des ateliers sur la vie sociale et le logement des doctorant.e.s à Nancy », bien-vivre-maintenant.fr, 3 décembre 2018, https://bien-vivre-maintenant.fr/territoires/grand-est/nancy/bien-vivre-doctoral/

 

POULAIN Sebastien, Doc’Door, la maison du doctorat devrait bientôt ouvrir ses portes, Cartes sur tables, 8/12/16, http://www.cartes-sur-table.fr/pour-une-maison-du-doctorat/ et http://cartes-sur-table.fr/wp-content/uploads/2016/12/CST_Pour-une-maison-du-doctorat.pdf

 

POULAIN Sebastien, « Le gouvernement français doit faire honneur aux étudiant.e.s, doctorant.e.s et docteur.e.s étranger.ère.s », Doctrix, 28/11/2018, http://blog.educpros.fr/doctrix/2018/11/28/inscriptions-doctorants-etrangers/

 

 

 

 

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